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Focus sur le Mobile Banking en Tunisie

Le mobile banking, une opportunité pour la réduction de l’exclusion financière en Tunisie

68% des tunisiens âgés de plus de 15 ans sont exclus de toute activité financière formelle[1]. En dépit des développements apparents du système financier tunisien, peu de ménages en profitent au détriment des besoins croissants de la vie moderne.

L’exclusion financière touche les femmes, les moins instruits et les agents à faible revenu. Elle contribue ainsi à aggraver leurs difficultés sociales et économiques. Les démarches inclusives impliquent l’engagement de toute partie prenante : Etat, institutions financières, organisations non gouvernementales et universitaires. Elles appellent aussi à la finance novatrice : innover dans les produits et dans les institutions. Le mobile banking au sens large, constitue à cet égard une mesure innovante amorcée dans de nombreux pays tels qu’en Inde, au Kenya, au Sénégal et en Afrique du Sud.

Ce dossier a pour objectif de souligner l’opportunité de saisir les services du mobile banking en vue de réduire l’exclusion financière en Tunisie.

Ainsi, l’analyse des données de la CGAP et de Global Findex sont explorées en vue de dresser un état des lieux des niveaux de bancarisation en Tunisie. Dans un second lieu, une enquête est menée auprès d’une centaine de répondants dans un double objectif : i. dresser le profil des exclus financiers ; ii. déceler les facteurs qui influencent l’adoption du mobile banking. Les résultats de l’analyse discriminante montrent que les exclus sont principalement les femmes, les faibles revenus et les sans emplois. L’adoption du mobile banking demeure timide mais les potentialités du secteur sont importantes. Les clients potentiels sont  essentiellement des jeunes instruits ayant des connaissances préalables au sujet des services financiers mobiles. Les opposants sont des agents âgés attachés à leurs habitudes de paiement en espèces et au contact personnel.

mobile-banking

L’inclusion financière désigne toute démarche permettant d’offrir à une frange de la population, marginalisée par le secteur financier conventionnel, des services financiers accessibles, faciles à utiliser et à moindre coût. Outre l’amélioration de l’accès à une infrastructure financière de proximité, elle appelle aussi à l’innovation dans les procédés, les produits et les institutions en vue d’offrir des solutions appropriées à une population spécifique. Ainsi, la finance novatrice est cruciale pour la réduction de l’exclusion financière touchant principalement les femmes, les démunis et les moins instruits. Les démarches inclusives se sont multipliées en s’appuyant surtout sur les services de la finance solidaire. Néanmoins, les nouvelles technologies d’information et de communication offrent des opportunités à saisir. Le mobile banking au sens large du terme, constitue à cet égard une démarche novatrice dont les bienfaits ont été prouvés grâce aux expériences entreprises au Keyna, aux Phillipines et en Afrique du Sud.

Dans le contexte particulier de la Tunisie, la problématique de l’inclusion financière s’inscrit dans une réflexion pluridisciplinaire à la recherche d’une meilleure cohésion sociale. En effet, les inégalités révélées depuis la révolution de janvier 2011 incitent à des recherches profondes dans tous les domaines de la vie en vue de garantir à chaque citoyen les mêmes chances et un traitement équitable sur tous les plans, juridique, social, économique et financier. En termes d’accès aux services de la finance, la population tunisienne demeure insuffisamment bancarisée en dépit d’un système financier assez développé comparativement à d’autres pays en développement.

L’objet de ce papier consiste à souligner les opportunités du mobile banking dans la réduction de l’exclusion financière en Tunisie. Il est structuré en trois parties : la première concerne la revue de la littérature au sujet de la contribution du mobile banking à l’inclusion financière. La deuxième partie dresse un état des lieux de l’exclusion financière en Tunisie. En troisième lieu, il est question d’explorer les résultats d’une enquête administrée auprès de 100 personnes habitant le grand Tunis en vue de cerner les facteurs qui influencent l’adoption du mobile banking.

1/ Mobile banking et inclusion financière

Les services financiers mobiles illustrent un nouveau volet de l’adoption des TIC dans les activités bancaires. Ils représentent le nouveau produit de la banque à distance après le e-banking. L’intérêt croissant porté au mobile banking découle du succès spectaculaire de la première expérience M-PESA amorcée au Kenya en 2007 et généralisée à de nombreux pays en développement[2]. De nos jours, plus de 74 pays offrent au moins une plateforme de mobile banking.

D’après Donovan (2012), le Mobile Banking est la production des services financiers via des appareils mobiles. Cette définition englobe une vaste gamme de services financiers tels que le paiement mobile (transfert des fonds), la banque mobile  (consultation d’un compte, transactions et informations) et la finance mobile (crédit, assurance ou épargne) [3].

Il représente un volet innovateur de la finance. L’innovation financière est présentée par Kempson et Whyley (1999) en tant qu’un élément constitutif de tout processus d’inclusion financière qui devrait résulter des actions stratégiques telles que l’amélioration de l’accès physique à une institution financière, la réduction des contraintes en matière de crédit, la réduction des coûts et la généralisation des services financiers à domicile grâce à l’utilisation des nouvelles technologies d’information (centres d’appel, banque en ligne et téléphonie mobile).

De même, Polillo (2011) souligne le rôle central de la finance novatrice dans un processus d’inclusion financière. Celle-ci constitue le véhicule à travers lequel l’inclusion financière devient possible et crée de nouvelles dynamiques sociétales. Cependant, il attire l’attention sur les forces résistantes de ce qu’il appelle « l’élite financière », c’est à dire des institutions financières ancrées et puissantes qui perçoivent dans l’innovation un facteur désétablissant de leur pouvoir établi. C’est pourquoi l’innovation dans les procédés financiers devrait émerger des forces endogènes des systèmes en marge des pressions extérieures ou politiques. Le mobile banking est une approche innovatrice qui découle de l’adoption des TIC dans les activités bancaires en réponse à une demande spécifique ; elle diffère ainsi des décisions inclusives imposées par les autorités publiques au secteur financier. Ainsi, le mobile banking présente plus de chance d’être généralisé et risque moins de résistance de la part des institutions financières.

Par ailleurs, Ignacio (2008) souligne les opportunités offertes par les nouvelles technologies de l’information et de communication pour une meilleure inclusion financière. Grâce aux TIC, le paiement s’effectue à distance moyennant un réseau électronique et implique ainsi un autre intermédiaire non bancaire tel un opérateur téléphonique dans le contexte du mobile banking. Celui-ci représente une chance pour les exclus et une opportunité pour les banques dans la mesure où il permettrait d’une part d’étendre la distribution des services financiers aux pauvres marginalisés par les institutions traditionnelles. D’autre part, il permet aux institutions financières de baisser les coûts de livraison des services classiques (Ignacio et Kabir, 2008). Dans ce sens, un téléphone mobile remplacerait de nombreux produits bancaires classiques tels que les cartes ou les terminaux de paiement électronique et offre les mêmes services de consultation et d’accès rapide aux informations, habituellement assurés par l’Internet banking.

 

McKay and Pickens (2010) effectuent une étude comparative auprès de 26 banques en vue de vérifier l’étendue des coûts de transactions chargés à la clientèle. Ils concluent que les services bancaires à distance (y compris les services du mobile banking) sont en moyenne moins chers que les services alternatifs (des économies de l’ordre de 19%) ; le coût est d’avantage moins important pour les transferts à faible montant. En particulier le service M-PESA au Keyna permet d’économiser un tiers des coûts habituels permettant ainsi aux clients pauvres de constituer une épargne.

 

Outre la réduction des coûts de livraison et de transaction, Morawczynski (2009) met en exergue l’autonomie assurée par les services financiers mobiles. En effet, moins visible que l’argent, le mobile banking permettrait à chacun et surtout aux femmes  d’avoir des  économies personnelles sans demander l’autorisation préalable de leurs époux. Klein et Mayer (2011) soutiennent que les services du mobile banking permettent aux exclus qui préféraient préalablement les transactions en espèces, de disposer d’un registre électronique de paiement. Il est assimilé à un compte bancaire qui retrace et mémorise les transactions effectuées. Ainsi, les clients du mobile banking disposeraient des mêmes services d’une agence bancaire à distance pour pallier à l’insuffisance de l’infrastructure financière traditionnelle.

 

Par ailleurs, le mobile banking et toute autre démarche reposant sur les nouvelles technologies d’information et de communication présentent un impact positif sur le développement humain. Dans ce sens, Sarma et Pais (2011) étudient le niveau d’inclusion financière dans 49 pays et établissent d’une part une relation positive et significative entre le niveau d’inclusion des ménages et le revenu et d’autre part, une relation inverse et significative avec l’illettrisme. La pénétration et l’accessibilité de l’infrastructure bancaire contribuent positivement à une meilleure inclusion et au développement humain. De plus, les auteurs ont mis en exergue la relation positive et significative entre l’utilisation des TIC et les conditions de vie des ménages. De même, Chatain (2011) souligne les atouts du mobile banking en terme d’inclusion financière en insistant sur la commodité des services, l’immédiateté des transactions, les coûts réduits, la possibilité d’effectuer des transactions à faible montants et non plafonnées, l’accessibilité et l’utilisation d’une infrastructure déjà disponible.

De leur côté, Diniz et al. (2011) mènent une étude concernant l’impact du mobile banking sur la vie des habitants d’une communauté de l’Amazone et concluent que les services financiers mobiles ont permis d’améliorer l’accès aux services financiers, ont renforcé l’infrastructure de la région et ont conduit à un développement économique et social. Cependant, ils attirent l’attention sur l’importance de l’éducation financière préalable à l’utilisation des services du mobile banking en vue de contourner ses lacunes qui découlent du manque d’informations et des difficultés de communication. Par ailleurs, l’étude a soulevé les insuffisances d’accès aux financements des activités économiques productives.

En résumé l’accès aux services financiers innovateurs présentent des bienfaits en terme d’accès la nouvelle technologie et à la finance. Ils permettent d’améliorer les conditions de vie des clients et aboutissent à un degré plus élevé du développement humain. Ils représentent alors une opportunité à saisir dans les pays en développement pour atteindre une meilleure inclusion financière de leurs populations.

2/ L’exclusion financière en Tunisie

  • L’offre des services financiers

 

Le système financier tunisien accessible aux particuliers englobe essentiellement les banques commerciales et le réseau de la Poste. Les institutions de microfinance  n’assurent que le volet microfinancement. Elles ne sont pas habilitées à collecter des dépôts ni gérer des moyens de paiement[4].

Le système bancaire

Il est composé d’une vingtaine de banques commerciales ayant bénéficié de nombreuses réformes depuis 1994 dont les principales répercussions en matière d’inclusion financière sont les suivantes :

– Généraliser l’accès des particuliers aux crédits à moyen et long termes, particulièrement aux crédits à l’habitat : la loi n° 94-25 du 7 février 1994 a aboli les restrictions imposées autrefois aux banques commerciales en matière de financements à moyen et long termes et a permis à ces dernières de dispenser des crédits quelque soit leur terme et quelque soit leur montant,

– Instaurer le crédit à la consommation : la circulaire aux banques n°99-02 du 26 janvier 1999 a permis aux banques d’accorder aux particuliers des crédits destinés à l’acquisition de biens durables et de couvrir leurs dépenses courantes[5],

– Délimiter les services bancaires de base : le décret du ministère des Finances n° 2006-1880 du 10 juillet 2006 fixe la liste des services bancaires de base qui englobe la gestion du compte, l’information du client, la gestion des moyens de paiement et la délivrance d’une carte de paiement,

– Instaurer un cadre réglementaire et institutionnel pour la qualité des services bancaires grâce à la création d’un observatoire pour les services bancaires sous la tutelle de la Banque Centrale de Tunsie et en précisant les attributs d’un service de qualité, basé sur la sécurité, la célérité et la transparence des opérations.

Les statistiques de l’APTBEF stipule qu’à la fin de 2011, le réseau bancaire tunisien est composé de 1393 agences et 1718 guichets automatiques ce qui se traduit par un taux de bancarisation[6] de l’ordre d’une agence bancaire pour 7663 habitants. Le nombre total des comptes bancaires a dépassé 6 millions dont 2,3 millions de comptes à vue et 3,6 millions de comptes d’épargne.

Le reliquat concerne les autres types de comptes tels que ceux libellés en dinars convertibles. Les dépôts d’épargne bancaires se chiffrent à 24606 millions de DT contre 10024 millions de DT pour les dépôts à vue. En matière de financement, les banques tunisiennes s’orientent plus vers les entreprises et les particuliers ne représentent que 25% de l’enveloppe totale des crédits. En effet, 12461,3 millions de DT ont été dispensés au profit des particuliers dont 80% ont concerné les crédits à l’habitat. Le reste est principalement constitué des crédits à la consommation, soit 2104,6 millions de DT. Les crédits véhicules et les prêts universitaires représentent uniquement 2,7% des crédits bancaires[7].

La Poste

D’après son rapport d’activité en 2011, le réseau de la Poste tunisienne compte 1042 bureaux à la fin de 2011 permettant outre les services de la distribution postale habituelle, l’accès à une gamme très variée de produits financiers. La Poste assure la gestion de comptes courants, la collecte de l’épargne liquide et offre divers produits de l’assurance-vie. Elle gère également les fonds d’une SICAV obligataire (SICAV TANIT) et effectue le change manuel et le transfert d’argent via le réseau international Western Union. L’épargne postale s’élevait à 2644 millions de DT abritée dans plus de 3 millions de comptes à la fin de 2010. L’encours des fonds de la SICAV avait atteint 28 millions de DT. De plus, la Poste gère 1,3 millions de comptes courants avec un encours moyen de 966 DT par compte, ce qui renseigne sur une clientèle plutôt à faible revenu. Dotée également d’un réseau de 127 distributeurs de billets, la Poste assure en définitif une couverture financière de l’ordre d’un bureau postal pour 7300 habitants à la fin de 2011[8]. En effet, la Poste se présente comme le palliatif à l’insuffisance bancaire dans de nombreuses villes de l’intérieur. Le nombre de guichets postaux dépasse souvent le nombre d’agences bancaires dans les villes du Sud, du Centre et du Nord Ouest. Ainsi, à titre d’exemple la ville de Kasserine du Centre Ouest compte 46 bureaux de poste contre seulement 16 agences bancaires, soit un taux de bancarisation de 27 313 habitants par agence, où encore la ville de Kébili du Sud abrite 33 bureaux postaux contre seulement 9 agences bancaires.

Néanmoins, en dépit d’une bonne installation géographique, le réseau de la Poste souffre d’un manque d’informatisation : seulement 707 bureaux sont informatisés et raccordés à Internet. Cette situation constitue une menace pour la pérennité de ses produits basés sur les nouvelles technologies d’information et de communication. Ces produits constituent un avantage comparatif en matière d’inclusion financière et devraient bénéficier d’un meilleur appui en matière d’infrastructure. Une autre limite à sa contribution à l’inclusion financière des ménages découle de l’absence des produits de financement. La Poste tunisienne n’est pas autorisée à accorder des crédits.

  • L’accès aux services financiers

 

Le premier volet de cette analyse concerne la portée géographique des réseaux bancaires, mesurée par la pénétration et la densité des agences bancaires. La pénétration est exprimée par le nombre d’agences pour 100 000 habitants ; la densité est exprimée par le nombre d’agences disponibles pour 1000 Km2. Ces mêmes mesures sont utilisées pour l’analyse de la proximité des réseaux automatisés (GAB et TPE). Le deuxième volet concerne les caractéristiques des populations exclues: le nombre des individus âgés de 15 ans ou plus ayant accès à un compte auprès des institutions financières est analysé en termes de genre (homme ou femme), de niveau d’instruction (primaire ou moins, secondaire ou plus), de niveau de revenu (haut de la pyramide, bas de la pyramide) et en fonction de leur milieu d’habitation (urbain ou rural). Les données utilisées sont issues de deux sources : la base du CGAP sur les infrastructures bancaires et celle de Global Findex sur les caractéristiques des populations bancarisées.

L’accès à un compte

32% des tunisiens âgés de 15 ans ou plus ont accès à un compte auprès d’une institution financière conventionnelle. Avec ce faible niveau de bancarisation, la Tunisie reste en dessous des niveaux d’inclusion affichés dans la majorité des pays méditerranéens.  A l’échelle des pays arabes, elle dépasse l’Egypte (10%) et la Syrie (23%). Cependant, elle se situe derrière le Liban (37%) et le Maroc (39%).

 

La proximité géographique

D’après les données de la CGAP, le réseau bancaire tunisien offre en moyenne 14,4 agences bancaires au service de 100 000 habitants et 7,3 agences par 1000 km2. Avec une densité bancaire limitée, la Tunisie offre un faible niveau de proximité géographique des institutions financières comparativement au Liban (28,8 agences par 100 000 habitants et 86,5 agences par 1000 km2) et à la Grèce (41,5 agences par 100 000 habitants et 31,3 agences par 1000 km2). Cependant, la proximité géographique du réseau bancaire tunisien est meilleure qu’au Maroc et en Algérie qui offrent respectivement 9,9 et 5,3 agences pour 100 000 habitants.

Outre l’accès restreint aux agences, le nombre de guichets automatiques de banque reste limité : seulement 17,26 GAB sont disponibles pour 100 000 habitants en Tunisie. De plus, leur répartition géographique est limitée car on compte 8,75 GAB par 1000 km2. Néanmoins, elle demeure mieux équipée que la Syrie et l’Algérie dont les niveaux d’accès aux GAB sont respectivement de 2,66 et 5,74 guichets par 100 000 habitants. En matière d’équipement en TPE, la Tunisie et le Maroc affichent des niveaux modérés comparativement à la Grèce ou au Liban. La Tunisie compte 121,6 TPE accessibles à 100 000 habitants avec une forte concentration géographique. Le Maroc est doté en moyenne de 89,9 TPE par 100 000 habitants. La Grèce se distingue en matière d’équipement en terminaux de paiement électronique. En effet, elle occupe la première place avec près de 3848,25 TPE par 100 000 habitants et 2877,85 TPE par 1000 Km2. Cependant, la Tunisie est mieux équipée que la Syrie qui est largement en dessous avec seulement 2,2 TPE par 100 000 habitants et 1,65 TPE par 1000 Km2.

Tableau N°1.

L’accès inéquitable des gouvernorats à l’infrastructure bancaire.

(Le nombre d’agences bancaires par 100 000 habitants)

Gouvernorat Taux de bancarisation Gouvernorat Taux de bancarisation Gouvernorat Taux de bancarisation
Kasserine 3,7 Le kef 7,0 Monastir 12,0
Sidi Bouzid 4,3 Béjà 7,2 Tozeur 12,4
Kairouan 4,8 Manouba 7,5 Nabeul 15,7
Siliana 5,1 Tataouine 8,1 Ben Arous 16,1
Kébili 5,9 Zaghouan 8,7 Sfax 16,2
Gafsa 6,1 Gabès 8,7 Sousse 18,8
Jendouba 6,6 Bizerte 10,3 Ariana 20,4
Mahdia 6,8 Médenine 11,3 Tunis 33,3

Les calculs sont faits par nos soins.

Données sur la Population par gouvernorat : INS, 2011.

Données sur l’infrastructure bancaire : APTBEF, 2011.

 

En plus de sa taille limitée, le réseau bancaire tunisien est concentré dans les villes côtières au détriment des villes de l’intérieur. En effet, des villes telles que Tunis, Sousse ou Nabeul bénéficient d’une meilleure pénétration (plus de 15 agences par 100 000 habitants) alors que des villes telles que Siliana, Sidi Bouzid et Kasserine restent moins desservies en dépit de leurs besoins croissants en termes de financement.

Les caractéristiques sociodémographiques des exclus

Si les premiers travaux sur l’exclusion financière ont principalement souligné les difficultés d’accès des faibles revenus au monde de la finance, les travaux ultérieurs ont soulevé des difficultés liées au genre, au niveau d’instruction et au milieu d’habitation. En effet, les femmes souffrent plus d’exclusion surtout dans les pays en développement ou sous développés, ce qui explique une forte pénétration de la microfinance dans les populations féminines. Par ailleurs, le faible niveau d’instruction et le milieu rural sont des facteurs considérables de l’exclusion financière[9].

D’une manière générale, l’accès à un compte est meilleur parmi les hommes qu’auprès des femmes dans la majorité des pays méditerranéens à l’exception de deux pays : Israël et la Slovénie. En effet, 92,4% des femmes israéliennes ont accès à un compte contre 88,4% pour les hommes. De même, en Slovénie 98,1% des femmes sont bancarisées.

Dans le cas de la Tunisie, seulement 25,3% des femmes accèdent aux services de la finance conventionnelle contre 39,2% des hommes. La bancarisation des femmes tunisiennes demeure plus importante qu’en Egypte (6,5%), qu’en Algérie (20,4%) et qu’en Syrie (19,6%) et proche des niveaux affichés au Maroc (26,7%) et au Liban (25,9%).

De plus, la bancarisation des faibles revenus reste très restreinte : seulement 15,6% des bas revenus ont accès à la finance contre 41,3% du haut de la pyramide des revenus. L’exclusion des agents à faible revenu est très remarquable dans le cas tunisien qui se situe en avant dernière place comparativement aux autres pays méditerranéens de la rive sud. En effet, juste avant l’Egypte (5,4%), la Tunisie affiche un faible niveau de bancarisation par rapport à l’Algérie (23,7%), au Liban (27,3%) et même comparativement à la Syrie (21,4%). De plus, cette exclusion est conjuguée au faible niveau d’instruction et au milieu rural. En effet, 26,9% des agents ayant un niveau d’instruction primaire ou moins accèdent à la finance conventionnelle contre 50,8% en Turquie et 74,9% au Portugal. De même, 26,4% des habitants du milieu rural ont accès à un compte en Tunisie contre 54,7% en Croatie et 75,3% en Grèce.

En résumé, l’inclusion financière de la population tunisienne est faible comparativement à de nombreux pays méditerranéens.

Outre les difficultés d’accès géographique à des services financiers de proximité, le réseau bancaire est concentré dans les villes côtières. De plus, L’infrastructure des GAP et des TPE est restreinte. En outre, l’exclusion financière touche les femmes et les moins instruits. Cependant, les faibles revenus sont plus marginalisés en Tunisie que dans d’autres pays voisins. Des démarches inclusives s’avèrent urgentes en vue de remédier à cet accès inéquitable des toutes les classes sociales. Les efforts employés depuis la fin des années 2000 focalisent sur les services de la finance solidaire, essentiellement le microcrédit. Le mobile banking est une approche nouvellement amorcée et mérite d’être renforcée. Quelles sont alors les potentialités du mobile banking en Tunisie ?

3/ Les potentialités du Mobile Banking en Tunisie

Dans ce qui suit, nous analysons les facteurs qui influencent l’adoption des services du mobile banking suite à l’exploration de l’environnement technologique tunisien, et à la lumière des résultats d’une enquête réalisée sur le Grand Tunis auprès de 100 répondants

 

3.1. L’environnement technologique et les premières expériences du mobile banking

L’accès des ménages aux nouvelles technologies d’information et de communication a particulièrement été renforcé à la fin des années 1990 avec l’offre des services de la téléphonie mobile. En effet, la commercialisation des premières lignes a débuté en 1998 par Tunisie Télécoms, le principal opérateur de la téléphonie en Tunisie. Depuis,  deux autres opérateurs se sont installés sur le marché : Tunisiana et Orange. En conséquence, la densité téléphonique totale (fixe et mobile) est de l’ordre de 127,4 lignes par 100 habitants en février 2012[10]. La téléphonie mobile a particulièrement percé ; en moyenne, chaque habitant tunisien dispose à la fin de juin 2012 de 1,18 lignes de téléphone portable. Les services d’Internet étaient généralisés dans un premier temps grâce à l’ouverture de nombreuses stations de connexion publique (Publinet). Dans une deuxième phase, des incitations financières ont été accordées aux particuliers en vue de se procurer des ordinateurs personnels. Aujourd’hui, plus de 15% des ménages tunisiens sont équipés par des ordinateurs et plus d’1 million d’habitants sont abonnés aux réseaux Internet.

Tableau N° 2. Les services du Mobile paiement en Tunisie

Institution financière Produit Opérateur Clientsbénéficiaires Procédure Services
BIAT Mdinar – Tunisie Télécoms- Tunisiana- Orange 18 ans ou plus, Bancarisés ou non Ouverture d’un compte mdinar – Transfert d’argent(de 1 à 1000 DT)- Retraits en espèces auprès d’une agence
La Poste Mobidinar Tunisie Télécoms 18 ans ou plus, Bancarisés ou non Achat d’une carte prépayée e-Dinar Smart – Gestion du compte- Recharge des lignes fixes et GSM (de 1 DT à 500 DT)- Mandats et transferts (de 5DT à 200 DT)

– Règlement des factures (montant illimité)

La Poste Mobiflouss Tunisiana 18 ans ou plus, Bancarisés ou non Achat d’une carte prépayée e-Dinar Smart – Gestion du compte- Recharge du téléphone GSM (de 1 DT à 50 DT)- Mandats et transferts (de 5DT à 100 DT)

– Règlement des factures (montant illimité)

Source : Elaboré par nos soins à partir des sites web des institutions financières.

Profitant de cet environnement technologique propice, les institutions financières ont lancé leurs produits de mobile banking et d’internet banking. Toutes les banques tunisiennes sans exception disposent de leurs sites Web et offrent à leurs clients les services bancaires à distance via un numéro vert, les téléphones mobiles ou grâce à Internet. Ces services concernent principalement la consultation du solde et des dernières opérations effectuées, la demande d’un chéquier, l’opposition sur les cartes égarées ou encore la recharge des téléphones portables. Néanmoins, ces services sont garantis au profit d’une clientèle déjà bancarisée. En revanche, la Poste a devancé le secteur suite au lancement en 2000 d’une monnaie électronique (e-dinar). Elle consiste à transformer des fonds en espèces en une carte prépayée permettant aux clients non bancarisés d’effectuer des transactions en ligne. Le e-dinar est à titre d’exemple très utilisé par les étudiants lors des inscriptions universitaires. De plus, à la même année, la Poste a introduit le service de transfert d’argent via le réseau international Western Union[11]. Le secteur bancaire s’est aligné par la suite et d’autres opérateurs tels Money Gram sont opérationnels sur le marché tunisien. Mieux encore, la Société Tunisienne de Banque et Ittijari Bank ont lancé le produit Casy Cash qui permet de loger des fonds transférés par des non résidents sur des supports magnétiques et la possibilité de les retirer auprès des GAB.

Cependant, la première expérience du mobile banking au service des non bancarisés a été initiée par la Poste en 2010 suite à sa collaboration avec Tunisie Télécoms en vue de permettre aux clients du réseau téléphonique la recharge de leurs lignes téléphoniques et d’autres opérations financières telles que le transfert de fonds ou le règlement des factures via une plateforme de paiement mobile. Ce procédé repose sur l’utilisation d’une carte prépayée, e-smart dinar. Le client ouvre un compte chez la Poste qu’il alimente en espèces et obtient une carte lui permettant de retrier, de payer en ligne et de transférer des fonds à d’autres clients e-smart. En mai 2012, un service similaire, Mobiflouss a été lancé en collaboration avec un deuxième opérateur téléphonique. Le service mdinar de la BIAT initié en 2012, illustre l’unique produit bancaire au profit des exclus. Il est généralisé à une clientèle non bancarisée qui peut ouvrir des comptes mdinar destinés exclusivement à opérer des transferts de fonds vers d’autres clients adhérents au même service.

Tableau N°3. L’adoption des services de paiement mobile de la Poste tunisienne

Mobidinar(depuis 2010) Mobiflouss (depuis mai 2012)
Inscriptions 3 166 41 836
Nombre de Virements 1 073 3 044
Montant des Virements (DT) 71 774 136 711
Nombre des opérations de recharge 59 983 136 652
Montant des recharges (DT) 127 093 199 593
Nombre de Paiements 338 80
Montant des Paiements (DT) 15 012 3 537

Source : La Poste, Centre de Monétique, Juillet 2012.

 

Le tableau N°3 résume la situation du mobile banking au profit des clients non bancarisés. Les premiers résultats au sujet de l’adoption de ces services restent mitigés : le produit Mobidinar a seulement intéressé 3166 clients en deux ans alors qu’en trois mois, plus de 40 000 clients ont adhéré au service Mobiflouss. L’utilisation de ces produits a surtout concerné la recharge des lignes téléphoniques (plus de 136 milles opérations). En revanche, le règlement des factures est limité : en deux ans, seulement 338 opérations de paiement ont eu lieu en provenance des clients Mobidinar. D’où l’intérêt de se pencher sur l’étude des facteurs qui influencent le mobile banking dans le contexte tunisien.

  • Les facteurs influençant l’adoption du mobile banking
  • Méthodologie et questions de recherche

 

En vue de cerner les potentialités du mobile banking, nous effectuons une enquête auprès de 100 répondants habitant le grand Tunis. Cette enquête cherche à atteindre deux objectifs :

  • Dresser le profil des exclus financiers ;
  • Déceler ensuite les facteurs sociodémographiques des clients potentiels des services du mobile banking.

 

Le questionnaire comporte trois grandes parties : la première concerne les caractéristiques sociodémographiques des répondants ; la deuxième partie concerne l’accès aux services financiers et la troisième porte sur l’intérêt et l’adoption des services du mobile banking. Les réponses récoltées (taux de retour de 100%) sont traitées grâce au logiciel SPSS 17.0. En plus, de l’analyse descriptive des résultats, nous avons procédé à une analyse discriminante en vue de chercher les facteurs les plus déterminants en matière d’accès aux services financiers conventionnels et en matière d’adoption des services financiers du mobile banking.

 

  • Les résultats

 

La population étudiée est assez équitablement partagée en terme de genre (55% d’hommes et 45% de femmes), appartenant majoritairement à la classe d’âge 18-39% (61%). 59% des répondants sont employés ou installés pour leur propre compte et 35% d’entre eux ont un revenu inférieur à 300 DT. Plus de 50% de la population présente un niveau d’instruction universitaire.

L’accès aux services financiers conventionnels

74% des répondants possèdent un compte chez une institution financière contre 26% qui demeurent non bancarisés ; de plus, 62,2% des répondants bancarisés ont opté pour les services de la Poste au détriment du secteur bancaire. 65.4% des répondants non bancarisés n’éprouvent même pas le besoin d’accéder à un compte et 26,9% n’ont jamais demandé l’accès à un compte. Seulement 7.7% expliquent leur exclusion par l’illettrisme et aucun répondant n’a mentionné une demande refusée de la part des institutions financières. Cette situation d’auto-exclusion pourrait s’expliquer par la préférence des répondants pour les paiements en numéraire : 86% d’entre eux règlent leurs factures en espèces !

Par ailleurs, l’analyse discriminante de la variable “accès à un compte” en fonction des facteurs démographiques des répondants est significative (Lambda de Wilks = 0.71, p = 0.000). Il en résulte que l’occupation et le revenu mensuel sont les variables les plus discriminantes. Le genre influence également l’accès à un compte mais d’une manière moins importante.

Tableau N°4.

Les facteurs sociodémographiques influençant l’accès à un compte

Lambda de Wilks F Signification
Le genre ,941 6,143 ,015*
L’âge ,992 ,752 ,388
L’occupation ,768 29,664 ,000**
Le niveau d’instruction ,963 3,730 ,056
Le revenu mensuel ,881 13,188 ,000**

* significatif au seuil de 5% ; ** significatif au seuil de 1%.

 

Intérêt et adoption du mobile banking

97% des répondants sont en possession d’une ligne téléphonique mobile. Cependant, seulement 46% des répondants connaissent les services financiers offerts par leurs opérateurs téléphoniques et uniquement 6,7% d’entre eux ayant adopté le mobile banking.

En revanche, 57% de la population étudiée est intéressée par cette gamme de services. Les principaux motifs d’intérêt s’avèrent le gain de temps (60%) et la commodité des services (24%). En contrepartie, les principaux motifs de résistance sont la préférence pour le contact personnel avec les partenaires commerciaux (34%) et l’insécurité des opérations (30%). L’analyse discriminante de la variable “intérêt du mobile banking” a donné de bons résultats (Lambda de Wilks = 0,729, p = 0,001). Les facteurs qui influencent le plus la prédisposition des répondants à l’adoption du mobile banking sont principalement : le niveau d’instruction, l’âge, la possession d’un téléphone portable et l’information sur les services du mobile banking. Conformément aux coefficients de corrélations intra-classes, les jeunes (âge : -0,645), les plus instruits (niveau d’instruction : 0,839) et les mieux informés (connaissance du mobile banking : 0,363) sont des clients potentiels du mobile banking.

 

Tableau N°5. Les facteurs influençant l’adoption du mobile banking.

Facteur Lambda de Wilks La valeur de F Signification
Le genre ,975 2,536 ,114
L’âge ,866 15,171 ,000**
L’occupation ,970 3,066 ,083
Le niveau d’instruction ,793 25,649 ,000**
Le revenu mensuel ,992 ,753 ,388
La possession d’un téléphone mobile ,957 4,372 ,039*
La connaissance des services du mobile banking ,953 4,809 ,031*
L’accès à un compte ,998 ,177 ,675
Le Principal mode de paiement ,974 2,667 ,106

* significatif au seuil de 5% ; ** significatif au seuil de 1%.

 

Discussion des résultats

Les résultats de cette enquête montrent qu’une population jeune, instruite et informée est mieux disposée à accéder aux services du mobile banking contre une population âgée, avec un faible niveau d’instruction et moins informée dont les anciennes habitudes de paiement constituent des barrières à l’innovation. Outre la préférence pour le contact personnel et l’insécurité des opérations, certains répondants ont soulevé les difficultés imposées par leur illettrisme et d’autres ont souligné leur préférence pour le paiement en espèces.

Dans une étude portée sur l’adoption d’un autre produit lié aux TIC, Nasri (2011) s’intéresse à l’usage des services de la banque en ligne en Tunisie et mène une enquête auprès de 253 répondants. La population étudiée est principalement masculine et jeune (71,9% appartenant à la classe d’âge 25-45 ans). 43,3 % des répondants occupent un emploi. D’après ses résultats, 37,5% des répondants utilisent déjà les services d’Internet banking. Les principaux facteurs qui affectent l’adoption de la banque en ligne sont la commodité, la sécurité, la perception du risque et les connaissances préalables au sujet d’Internet. Ces résultats rejoignent ceux dégagés par notre étude au sujet de la sécurisation des opérations et la communication des informations sur les produits innovateurs.

Les résultats sont conformes à d’autres études réalisées dans certains pays en développement.

A cet égard, Alafeef  et Al. (2011) effectuent une enquête en ligne auprès de 80 utilisateurs d’Internet en vue de déterminer l’impact des facteurs démographiques sur l’adoption des applications du mobile banking en Jordanie. La population étudiée est jeune (69,2% ont un âge compris entre 17 et 25 ans), instruite (78,2% des répondants ont un niveau d’instruction universitaire) et à revenu limité (46% des répondants ont un revenu mensuel inférieur à 300 $). Leurs résultats en matière d’adoption du mobile banking montrent que seulement 6% des répondants connaissent et utilisent les services du mobile banking alors que 63% d’entre eux les connaissent mais ne les utilisent pas. 31% de la population étudiée n’a aucune connaissance des services financiers mobiles et en conséquence ne les utilise pas.

De même, Elbadrawy et Adel Aziz (2011) ont réalisé une étude semblable auprès de 380 répondants égyptiens. La population étudiée est équitablement partagée en termes de genre : 188 hommes (49,5 %) et 192 femmes (50,5 %). La majorité des répondants était dans le groupe d’âge 26-40 (60,8 %) et ayant un niveau d’instruction universitaire (88,4%). 29 % n’ont aucun revenu et 71,3 % d’entre eux possèdent un téléphone mobile et surfent quotidiennement sur Internet via leur mobile (52,6 %). En outre, 151 répondants (39,7 %) ont l’intention d’adopter le mobile banking, 138 (36,3 %) ont l’intention d’utiliser le service mais n’ont pas décidé du moment et 57 (15 %) n’ont pas l’intention des les utiliser. L’analyse des motifs de résistance au mobile banking souligne une grande préoccupation exprimée par tous les groupes concernant le risque de transmettre ou de stocker des transactions financières. D’autres  redoutent la fiabilité de la connexion. Toutefois, les détracteurs sont les seuls à préférer le contact personnel avec le banquier. Outre la barrière du risque, les répondants doutent de l’efficacité du mobile banking à renforcer leur capacité financière.  Donc, en étant incertains de l’impact du mobile banking, ils préfèrent être des utilisateurs occasionnels.

Dans le contexte indien, Singh (2012) réalise une enquête auprès de 68 répondants au sujet de la faisabilité d’un service de transfert de fonds via le téléphone mobile. La population étudiée est majoritairement masculine (97,06%) appartenant essentiellement à la classe d’âge 31-40 ans. 98,5% des répondants possèdent un téléphone portable et 65,8% d’entre eux désirent accéder à des services financiers mobiles.

De leur côté, Tashmia et Khumbula (2011) étudient l’adoption des services du mobile banking en Afrique du Sud. Après avoir souligné les opportunités offertes par le contexte de l’exclusion financière (40%) et la forte pénétration de la téléphonie mobile (90%), ils concluent que l’adoption du mobile banking est significativement affectée par  la commodité des services, la facilité d’usage, le coût des opérations et la confiance des consommateurs. Cependant, le facteur risque n’avait pas un effet significatif sur l’accès au service.

 

Le mobile banking illustre l’adaptation des produits financiers au monde des nouvelles technologies.

Il englobe une gamme vaste de produits et de services à distance en profitant de l’infrastructure technologique déjà mise en place. Les réseaux de la téléphonie mobile constituent ainsi une démarche inclusive amorcée dans un grand nombre d’économies en développement où les populations affichent de grands niveaux d’exclusion financière et une bonne pénétration de la téléphonie mobile. Le mobile banking offre aux agents économiques exclus une solution alternative à la finance conventionnelle en leur permettant une meilleure accessibilité aux opérations financières à moindre coût et à faible montant. Il a fait ses preuves en matière de développement économique et social grâce à une meilleure inclusion financière.

Dans le contexte particulier de la Tunisie, l’exclusion financière est assez importante relativement à ses voisins méditerranéens. Les femmes, les démunis, le milieu rural et les moins instruits restent en marge des réseaux financiers classiques. D’où l’intérêt de renforcer les premières expériences du mobile banking dont les résultats restent modérés. En dépit d’un nombre limité d’adhésions aux services du mobile banking, les résultats de l’enquête montrent une grande prédisposition de la population jeune, instruite et ayant des connaissances préalables à adopter les produits les services financiers mobiles ; leurs principaux motifs sont le gain de temps et la commodité des services. Les opposants au mobile banking s’attachent à leurs habitudes de paiement et au contact personnel avec les partenaires commerciaux. Les institutions financières devraient ainsi cibler leurs démarches de communication en cherchant à atteindre les jeunes ayant des habitudes de paiement en ligne ; de plus, les autorités publiques sont appelées à sensibiliser les agents aux avantages des services financiers à distance en renforçant le cadre juridique sur la sécurité et l’anonymat des opérations.

Annexe 1. Les caractéristiques sociodémographiques des répondants

Genre Effectif Pourcentage
Homme 55 55,0
Femme 45 45,0
Total 100 100,0
Age Effectif Pourcentage
Moins de 18 ans 1 1,0
18-39 ans 61 61,0
40-59 ans 31 31,0
60 ans et plus 7 7,0
Total 100 100,0
Occupation Effectif Pourcentage
Sans travail 13 13,0
Etudiant 20 20,0
Employé/auto-employé 59 59,0
Retraité/pensionné 8 8,0
Total 100 100,0
Instruction Effectif Pourcentage
Sans instruction 6 6,0
Primaire 12 12,0
Secondaire 29 29,0
Universitaire 53 53,0
Total 100 100,0
Revenu Effectif Pourcentage
Moins de 300 DT 35 35,0
Entre 300 DT et 499 DT 27 27,0
Entre 500 DT et 699 DT 17 17,0
Plus de 700 DT 21 21,0
Total 100 100,0

 


 

Annexe 2. L’accès à la finance

Accès à un compte Effectif Pourcentage
Oui 74 74,0
Non 26 26,0
Total 100 100,0
Type d’institution Financière Effectif Pourcentage
Banque 28 37,8
Poste 46 62,2
Population bancarisée 74 100,0
Population non bancarisée 26
Total 100  
Motif d’exclusion Effectifs Pourcentage
Pas de demande 7 26,9
Pas besoin d’un compte 17 65,4
illettrisme 2 7,7
Demande refusée 0 0
Population non bancarisée 26 100,0
Population bancarisée 74
Total 100  
Principal mode de paiement Effectifs Pourcentage
Espèces 86 86,0
Chèque 3 3,0
Virement 3 3,0
Prélèvement 1 1,0
Carte 7 7,0
Total 100 100,0

 

[1] Selon Global Findex, avril 2011.

[2] D’après la CGAP-GSMA, 30% de la population au Kenya utilisent les services de M-PESA. Plus de 320 millions de dollars sont quotidiennement échangés dans les cadre des transferts pair à pair (P2P).

[3] Dans ce qui suit, nous utilisons le terme “Mobile banking” pour désigner tout procédé permettant la réalisation de transactions financières qu’elle en soit la forme, via les technologies mobiles.

[4] Le secteur de la microfinance instauré depuis 1997 est essentiellement concentré sur le microcrédit avec quelques expériences embryonnaires dans le domaine de la micro-assurance, principalement destinée aux emprunteurs du secteur agricole. Outre la Banque Tunisienne de Solidarité, principal acteur public du microcrédit, l’offre des services de microfinance est également assurée par une ONG, Enda Interarbe Tunisie, dont les rapports sur les performances financières et sociales sont très satisfaisants. Le secteur est sujet à de nombreuses réflexions depuis les événements de janvier 2011.

[5] La circulaire aux banques n°2007-25 du 19 novembre 2007 a apporté plus de détails au sujet des crédits à la consommation concernant leur usage, leurs durées et les taux d’intérêt en vigueur.

[6] Ce taux est calculé en rapportant la population au sein d’un gouvernorat au nombre d’agences bancaires ou postales.

[7] BCT, Bulletin Statistiques Financières N°179.

[8] La poste en chiffres, document diffusé sur www.poste.tn.

[9] Livre bleu des Nations Unies (2006), chapitre deuxième sur les facteurs limitant l’accès aux services financiers formels.

[10] D’après le Ministère des Technologies d’Information et de Communication.

[11] Au départ, les transferts devaient être effectués en espèces mais très récemment, la Poste a signé un nouvel accord avec la compagnie Western Union en vue de permettre également les opérations basées sur des comptes. Ce produit devrait entrer en vigueur à compter de 2013.

A propos Thierry Barbaut - Stratégie numérique - Expert Afrique

Thierry Barbaut - Stratégie numérique - Expert Afrique

Développement stratégie numérique – Expert Afrique – Ecosystème NTIC.
– Consultant et rédacteur www.info-afrique.com
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